Bonhomme Jonquière, Kénogami et Arvida

Jonquière, Kénogami et Arvida sont trois anciennes villes qui ont fusionnés en 1975 pour former la grande ville de Jonquière. Une autre fusion eu lieu 2002 pour créer la ville de Saguenay
Jonquière, Kénogami et Arvida sont trois anciennes villes qui ont fusionnés en 1975 pour former la grande ville de Jonquière. Une autre fusion eu lieu 2002 pour créer la ville de Saguenay

On trouve plusieurs carnavals inactifs dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, et quelques-uns encore actifs dont celui de Métabetchouan. J’ai décidé de commencer mes recherches dans cette région avec l’ancienne ville de Kénogami. C’est là que je suis née et où ma famille s’est établie dans les années 1920. Mon arrière-grand-père a aussi été conseiller municipal de cette ville pendant plus de vingt ans et pendant des années où eut lieu ce Carnaval (1954 à 1975). Et pourtant, je ne me rappelle pas avoir jamais entendu parler du Carnaval de Kénogami, JAK, Kiwanis, Saguenay inc. ou des Élans par ma famille, mes proches ou même dans mes études en histoire à l’UQAC. On entendait parler que du Carnaval de Chicoutimi. Mes recherches m’ont donc amené à rédiger l’histoire de trois Carnavals qui se fusionnèrent pendant quelques années: celui de Jonquière, Kénogami, et Arvida. Ainsi, il sera question de ces trois carnavals dans un seul et même (énorme) article afin de dresser un portrait plus clair et complet et aussi éviter des répétitions. Jonquière-Nord dont le Carnaval est encore actif sera abordé dans un article séparé.

Les limites municipales des anciennes villes de Saguenay
Les limites municipales des anciennes villes de Saguenay2

Le Carnaval de Jonquière et Kénogami

Dès 1927, on trouve des traces d’un Carnaval conjoint entre Jonquière et Kénogami. C’était un Carnaval plus traditionnel avec une mascarade et des activités sportives qui avaient lieu à l’aréna (aucune mention de quel aréna). Vingt prix furent remis pour les plus beaux costumes, les plus comiques, les meilleurs patineurs et patineuses ainsi que pour les participants. 3

En 1929, on parle d’une autre édition du Carnaval avec des parties de hockey, de bridge et d’un concours d’euchre (un jeu de cartes). 4

En 1933, le Carnaval a eu lieu le 2 février à l’aréna de Kénogami-Jonquière. On trouve plusieurs activités sportives comme du hockey féminin, des courses en ski et des courses en patins. Il y eut une parade de patineuses parmi lesquelles fut choisie une Reine du Carnaval. Elle fut couronnée lors de la mascarade du Mardi gras, le 28 février 1933. 5

L’année suivante, on parle d’une grande mascarade qui eut lieu le 12 février 1934. Des prix furent remis aux meilleurs costumes pour une somme totale de 75$. L’entrée coûtait 25 sous, mais 15 sous pour les personnes costumées. La reine du Carnaval était Diane Simard qui était mademoiselle Coca-Cola (?). 6

On fait un bond dans le temps de vingt ans avant de trouver la prochaine source d’un Carnaval à Jonquière ou Kénogami. En 1954, on parle de la Marquise qui sera votée par le vote populaire à Jonquière 7. La reine des sports de l’année précédente, Maude Boily couronna la Marquise lors d’une grande mascarade au Palais des sports de Jonquière (toujours ouvert de nos jours). En même temps à Kénogami, les candidates au titre de reine des quilles vendent des billets. Le concours est organisé par l’association des quilleurs du Memorial Hall de Kénogami. La reine fut dévoilée lors d’une grande soirée au «Luxueuse Mémorial» de Kénogami, aussi appelé le Centre Commémoratif Price. 8 9

Le Carnaval d’Arvida

J’ai pu trouver une première source qui parle d’un Carnaval à Arvida le 27 février 1942. On y mentionne que des activités sportives, mais aucune mascarade ou soirée. On note l’aide financière de l’Aluminium Company of Canada Limited (Alcan) à l’Association Athlétique d’Arvida qui organise les épreuves. 10 En 1952, on peut trouver dans le journal de l’ALCAN, le Lingo, une série de photos sur le Carnaval d’Arvida. L’équipe de hockey féminin, les tigresses d’Arvida sont défaites par l’équipe de Kénogami-Shipshaw. On trouve des photos d’une mascarade et les gagnants du concours des plus beaux costumes. 2000 personnes ont assisté à cette mascarade dans l’aréna du centre de récréation qui fut construit par l’Alcan et inauguré en 1943. Il changea de nom en 1977 pour Le Foyer des loisirs d’Arvida et est toujours ouvert au public. 11

Le Progrès du Saguenay, 26 février 1942, page 4[8]
Le Progrès du Saguenay, 26 février 1942, page 4[8]
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1952, page 15
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1952, page 1511

1961 Le Carnaval JAK

C’est dès la fin de 1960 qu’on commence à trouver des articles sur le Carnaval Jonquière, Kénogami, Arvida appelé à ce moment JAK. On annonce en grande pompe ce Carnaval qui est planifié pour le 7 janvier au Mardi gras 1961 (le 14 février).12 On annonce même les duchesses tôt en décembre.

Les réelles dates de l’événement changeront par la suite. Ce Carnaval conjoint aurait eu comme but de détruire l’esprit de clocher qui existait entre les trois villes voisines, mais aussi pour aider au commerce en général et combattre le marasme durant l’hiver. 13 Ce concept revient très souvent quand on fait des recherches sur les Carnavals. Le Carnaval était des fois utilisé comme outil politique et idéologique pour réunir (ou même obliger) des paroisses, villages, villes et secteurs de la ville en un seul festival centralisé.

Le 30 décembre 1960 eut lieu le premier événement de ce Carnaval une grande soirée carnavalesque à l’Hôtel de Ville de Jonquière pour accueillir la nouvelle année en présence des 4 duchesses et leurs intendants. On annonce aussi une grande parade pour le 15 janvier avec différents corps musicaux et militaires qui défileront dans les principales artères des deux villes sœurs. 13 Le même soir eut lieu un souper canadien organisé par la garde de Sacré-Cœur de Kénogami. On annonce alors une bonne variété d’épreuves sportives pendant les jours du Carnaval répartis dans les trois villes: excursion de raquettes et courses pour les hommes et femmes à Arvida, une joute de hockey junior à Jonquière et Arvida et une course de 21 milles en raquette partant de Port-Alfred jusqu’à Jonquière.

Le Carnaval débute finalement le samedi 21 janvier au Palais des Sports de Jonquière avec un spectacle sous l’animation du comédien Marcel Guindon, la diseuse Lucielle Vigneault, les duettistes Gaby et Claudette Tremblay, la chanteuse Lisette Maltais, le quatuor Les Compagnons du Rocher et la clique harmonisée du Plateau. On précise qu’à toutes les activités, le Bonhomme et les duchesses du Carnaval seront présents. La programmation énonce quatre soirées de bingo à Kénogami, une promenade en traîneau monstre, un bal «travesti» au Memorial Hall de Kénogami, une nuit au flambeau au Mont Jacob organisé par le club de ski Es-Ski-Mo et un concours de monuments de glace avec des prix pour deux catégories: étudiant et public. Le couronnement de la reine du Carnaval est prévu pour le 5 février 1961.

La Presse, 28 décembre 1960, page 28
La Presse, 28 décembre 1960, page 2814

On ajoute à tous ces événements la vente de la chandelle. Celles-ci sont sont blanches, mais cinq couleront jaune pour marquer les gagnants. À l’intérieur, on trouvait toutes les indications nécessaires pour clamer son prix, les cinq prix totalisant 1000$15. Madame Albert Voyer d’Arvida, Jean-Georges Gagnon de Kénogami et François Rondeau de Jonquière remportèrent chacun un montant de 200$. Comme ce ne sont pas toutes les chandelles qui furent vendues, deux prix ne furent pas attribués. Au total, la vente de la bougie récolta 2500$ pour le comité16. En plus de cela, les duchesses vendaient des billets pour un grand prix d’une voiture de marque Pontiac17.

Le Carnaval se termine le 11 février lors d’un grand bal de la régence au Saguenay Inn d’Arvida. Le Bonhomme y fit ses adieux. À la fin de cette première édition du Carnaval JAK, il est mentionné qu’il y aurait eu des problèmes d’organisation et de nombreux changements mal communiqués au public. C’est quelque chose que j’ai pu remarquer aussi à travers mes lectures des sources de cette année-là. Beaucoup d’articles de journaux viennent changer les événements, dates, détails et endroits à plusieurs reprises et c’est difficile de valider les informations.

Malgré les efforts conjoints des trois villes de réunir leurs Carnavals, on trouve tout de même une édition séparée du Carnaval d’Arvida à la mi-février, soit après le Carnaval JAK. Celui-ci avait sa propre reine, Marcelle Flamand et une duchesse, Laurence Bérubé. Ce Carnaval était organisé par l’Œuvre des Terrains de Jeux (O.T.J.) St-Mathias et Saint-Jacques. La soirée de couronnement a eu lieu au centre récréatif d’Arvida et la reine fut couronnée par la femme du maire (ici appelée mairesse), Madame George Hébert. Près de 400 personnes assistèrent à la soirée.

Le Progrès du Saguenay, 14 février 1961, page 8
Le Progrès du Saguenay, 14 février 1961, page 818

1962 Le Carnaval du Saguenay inc

En novembre 1961, on annonce la nouvelle édition du Carnaval JAK qui était prévu pour une durée de quinze jours. Le conseil d’administration décide aussi d’incorporer le Carnaval sous le nom Carnaval du Saguenay inc. La mention de la ville d’Arvida disparaît de certains articles. Arvida tient encore son propre Carnaval qui précède celui du Saguenay inc. On trouve un palais de glace appelé «la prison de glace» qui était sur la rue Davis. De plus, on y élira la duchesse qui représentera Arvida lors du Carnaval des trois villes.

Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er février 1962, page 8
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er février 1962, page 819

Le Carnaval du Saguenay inc. eut lieu entre le 17 février et le 6 mars 1962. Le Bonhomme arriva pour cette première journée et visita les trois villes pour en recevoir les clés. Le lendemain eut lieu la parade d’ouverture dans les rues des trois villes avec le Bonhomme, les duchesses, les autorités civiles, les délégués des différentes associations et les autres corps publics. Plus de 20 000 personnes y assistèrent.

Des activités sont de retour comme la course en raquettes de 21 milles entre Port-Alfred et Jonquière, le concours de portage, un tournoi de hockey et les danses en plein air. Mais on promet aussi de nouvelles activités uniques. On trouve un spectacle d’un sauteur de baril par le champion international Yvon Coollier et un concours de sciage afin de choisir la personne qui allait représenter la région au Canaval de Québec. L’acteur Jean-Pierre Masson célèbre pour son rôle de Séraphin Poudrier dans la série Les Belles Histoires des pays d’en haut anima la première soirée du Carnaval. La bougie fut de nouveau vendue par les duchesses et douze prix de 100$ étaient annoncés. On parle aussi de la folie collective du twist et on se demande si des personnes ont du être amenées à l’hôpital.

Le Lingot un journal du Saguenay, 1 février 1962, page 23
Le Lingot un journal du Saguenay, 1 février 1962, page 2320

Dès ce second Carnaval, on peut sentir un meilleur contrôle des communications par le comité. Les informations données ne changent pas dans les nombreux articles concernant l’événement de décembre à mars. Par contre, l’événement n’est pas sans scandale. Les gardes paroissiales ne participèrent pas à la parade d’ouverture alors qu’ils avaient été annoncés. Le comité organisateur s’est défendu d’être en cause comme la rumeur disait qu’ils avaient oublié de les inviter. La véritable raison semble être que l’aumônier diocésain Monseigneur Henri Fortier, curé de Sainte-Famille de Kénogami n’apprécia pas la présence de majorettes au défilé et aurait demandé aux gardes paroissiales de ne pas participer. Cela aurait été selon les désirs de l’Évêque du diocèse, Monseigneur Marius Parés.

1963 Carnaval Kiwanis Saguenay

Dès 1963, on parle maintenant du Carnaval Kiwanis Saguenay de Jonquière et Kénogami. Il est présenté par l’association des marchands de Jonquière et Kénogami et les présidents des chambres de commerce des deux villes. Il a eu lieu entre les 11 janvier et 8 février sous la présidence de Paul Paradis. Cependant, on parle aussi d’activités jusqu’au 24 février, selon les sources. Le 10 février eut lieu un buffet-mode organisé par les dames de la Légion canadienne. On parle d’un bal pour le 23 février à la salle Grenada à Arvida. Le 24 février, eu lieu un bal populaire à l’hôtel Jonquière avec les chanteurs et instrumentistes espagnols, les Trumako ainsi que l’ensemble mexicain Angelipos Megros. Le tout fut clos par une parade le 24 février avec une caravane de voitures. Le grand prix de cette année, un voyage de 8 jours aux Bermudes, est gagné par Jeanne Rathé de Kénogami.

Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 février 1963, page 1
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 février 1963, page 121

1964 Carnaval Kiwanis Saguenay

L’édition de 1964 du Carnaval Kiwanis-Saguenay commence le 26 janvier. Aucune mention d’Arvida pour une seconde année. Cette même année, on conteste la nécessité d’avoir autant de carnavals répandus dans la région. Annonciateur de ce qui s’en vient, c’est la dernière édition du Carnaval JAK, Saguenay inc. et Kiwanis-Saguenay pour laquelle j’ai pu trouver des traces. Et les sources ne sont pas abondantes. On trouve des informations sur les duchesses ou châtelaines qui seront abordées plus tard dans l’article, mais sinon rien sur la programmation.

Après 1964, une intégration avec le Carnaval-Souvenir de Chicoutimi

En 1965, on trouve une seule mention d’une soirée organisée à Shipshaw par la Chambre de commerce de Kénogami pour le Carnaval (non nommé)24. Le 10 février 1968, on parle d’une soirée pré-Carnaval au profit de l’AFEAS Ste-Famille de Kénogami qui eut lieu au collège Sacré-Cœur avec l’orchestre les Jazz boy. On invite les gens à se costumer pour l’occasion, mais sans obligation25. En 1975, on annonce en pompe le Carnaval du grand Jonquière. On dit qu’une centaine d’organisateurs se sont réunis pour mettre en branle les festivités. On parle d’activités en plein air au lac Kénogami, d’une mascarade pour enfants et une soirée du canton. On précise que ce Carnaval fait partie du Carnaval souvenir de Chicoutimi.

À L’image de Pointe-Gatineau, la fusion de 1975 à Jonquière amène une nouvelle vision des nombreuses fêtes et événements des anciennes villes. Le président de la Société touristique du Saguenay, Paul Tremblay, se prononce contre «la duplication des activités et des aménagements». Pour lui, comme Chicoutimi a inventé le Carnaval-souvenir, Jonquière ne devrait pas tenir son propre Carnaval, qui serait une «duplication déplorable». La chose à faire serait de participer à certaines activités.

Le Quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 25 janvier 1974, page 3
Le Quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 25 janvier 1974, page 326

Ce souhait est réalisé l’année d’après. En 1975, le Carnaval de Jonquière voulait tenir des activités, mais celles-ci devaient s’inscrire dans la programmation de celui de Chicoutimi. Des activités pourraient avoir lieu dans «Jonquière-paroisse» et dans les quartiers de Kénogami et Arvida. À ce moment, le comité organisateur souhaitait amasser 2000$, soit les fonds qu’ils considéraient nécessaires à la tenue des activités avec un patino-rama organisé par les organismes du Grand Jonquière. Le coordonnateur des activités du Carnaval de Jonquière, Martin Laprise, avait alors exprimé l’idée de changer le nom du Carnaval-souvenir de Chicoutimi pour Carnaval du Saguenay. Ce qui m’arriva jamais.

Le Quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 20 janvier 1975, page 2
Le Quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 20 janvier 1975, page 227

Pour certains acteurs, même la tenue de ces activités de faible envergure ne va pas dans la lignée souhaitée. Le ministère du Revenu, Gérard Harvey, le voyait comme un esprit de clocher qui devrait être absent comme le Carnaval-Souvenir de Chicoutimi était un événement régional. Rappelons-nous qu’en 1960, soit seulement 15 ans plus tôt, on disait la même chose pour le Carnaval JAK. «Reléguons aux oubliettes l’esprit de clocher qui cause l’avortement de maintes initiatives. Ce geste de bonne entente entre les trois villes de Jonquière, Kénogami et Arvida moussera sans l’ombre d’un doute la situation économique et sociale dans notre petit coin de pays.» 13

En 1988, on trouve aussi un article qui mentionne le Carnaval du Club des Élans à Kénogami sans grands détails. On y voit une photo d’un Bonhomme. Cet organisme existe encore de nos jours et organise des événements et soirées. C’est la dernière source que j’ai pu trouver sur un Carnaval dans ces trois secteurs de la Ville.

En 2018, j’ai pu trouver les traces d’un Bonhomme Carnaval pour le secteur de Jonquière-Nord. Celui-ci sera abordé dans un article séparé.

Le Bonhomme

On mentionne pour la première fois un Bonhomme Carnaval en 1960, mais la première photo trouvée date de 1961. Celui-ci est décrit avec un costume aux couleurs du drapeau du Saguenay: rouge, gris, jaune et vert dans «le but de lui conférer un aspect régional». Dans cette première édition, il ouvre les festivités du Carnaval en se déplaçant en carriole dans chacune des trois villes et en apposant sa signature au livre d’or de chacune d’elles. Malgré des recherches approfondies, je n’ai pas été en mesure de trouver de photos de ce Bonhomme en couleur. Vous pouvez imaginer ma déception!

Son apparence n’est pas sans controverse pour les gens de l’époque. Le journal Le Progrès du dimanche mentionne lors de sa première édition qu’«on nous avait parlé d’un bonhomme Carnaval abordant les couleurs de notre drapeau distinctif. Cependant, le cri de surprise des gens qui ont aperçu ledit bonhomme n’a pas été ce que l’on attendant…. le bonhomme non plus d’ailleurs. L’idée de vêtir le traditionnel «agent du bonheur» des couleurs du Saguenay est digne de mention. Mais l’idée de se servir d’un matériel mat au possible fut moins appréciée.»

La Presse, 16 janvier 1961, Édition provinciale, page 32
La Presse, 16 janvier 1961, Édition provinciale, page 3228

Les quelques photos trouvées de ce Bonhomme ne me permettent pas de dresser un portrait très complet de son apparence et de sa confection. Son visage a un rictus très distinct qui lui donne un air espiègle. Le premier Bonhomme a une apparence qui à première vue ne le ferait pas entrer dans la catégorie des faux bonhommes. Il a une tuque et un bas de corps en matériel duveteux d’une couleur inconnue. Il a une veste ou un chandail très foncé, sans boutons et on ne voit pas de ceinture. Son visage ne semble pas blanc, mais possiblement de couleur beige ou jaune (comme le drapeau de la région). Il ressemble à un homme tout simplement.

Dès 1962, Bonhomme a une apparence plus typique. Les changements ont sûrement été faits suite aux critiques de l’année précédente. Il semble être blanc de corps avec une tuque blanche qui a une bande de couleur contrastante. Son habit a été changé pour un costume typique blanc avec des boutons et une ceinture fléchée. Sa tête semble être restée la même, mais aurait possiblement été repeinturée. La dernière mention ou apparition de ce Bonhomme est en 1963.

La dernière apparition de Bonhomme est en 1963 où on l’appelle Bonhomme Carnaval Kiwanis de Jonquière, Kénogami. Son apparence est tout à fait similaire à celle de 1962.

Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1963, page 30
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1963, page 3032

Entre 1964 et 1988, je n’ai pu trouver aucune trace d’une mascotte pour Jonquière, Kénogami ou Arvida. Par contre, en 1988, on peut voir une photo d’un autre Bonhomme au Carnaval des Élans. Il est similaire à celui de Contrecœur et ses nombreux sosies, mais il ne semble pas avoir de sourcils peints. En 2018, on trouve un autre Bonhomme dans le Carnaval du secteur de Jonquière-Nord. Celui-ci sera abordé dans un autre article.

La Chanson

En 1960, un concours est lancé dans le but de trouver une chanson thème appropriée pour le Carnaval. On offre un prix de 100$ à l’auteur choisi par les membres d’un jury formé à cet effet. On voit finalement la chanson l’année suivante dans le journal, mais sans la mélodie.

Du “pep” tout l’monde, vivl’e Carnaval
Réjouissons-nous, la fête est partout
Le Chateau d’glace et la grande parade
Ouvrira la danse le Bonhomme Carnaval.
Du rire d’la gaité
Dans toutes les cités.
C’est le temps de chanter
Et de danser les sets carrés
Faut continuer, nos chers traditions,
Main dans la main à l’unisson.

Quatre jeunes beautés charmantes demoiselles.
Se font la lutte pour le grand gala.
Encourageons-les. Le sourire aux lèvres.
Filles sont de chez-nous, et c’est gentils comm’tout.
Il faut une Reine.
En choisissant nous-memes.
C’est embétant ma foi,
Brunes ou blondes sont de jolies minois.
Ah! Ah: Ahl il faut les aider
Nous saluerons Sa Majesté.

Viv’ Ohé. le Bonhomme Carnaval,
Quel tra la la dans ce festival.
Ouvrira les portes de son paradis.
Pourra recevoir tous ses nombreux amis,
Les enfants l’suivrons, En chantant sa chanson,
Vous répétrons en choeur.
Avec ardeur tout notre bonheur.
Oui nous somm’s tous des bons camarades.
Vive viv’ le Carnaval.    Source: Le Progrès du Saguenay, 15 février 1962, page 235

La cour royale

Le Carnaval de Jonquière, Kénogami et Arvida a habituellement quatre duchesses par année. On choisit les duchesses au prorata de la population: deux pour Jonquière, une pour Kénogami et une pour Arvida.

On annonce le nom des duchesses de 1961 lors d’une grande danse populaire le 3 décembre 1960 au Palais des Sports de Jonquière donc il semble que le processus fut enclenché très tôt. Miles Ruth Juneau (Gabriel Gagné) d’Arvida: Violette Bourget de Kénogami (Errol Damour); Estelle Lalancette (Paul Villeneuve) et Monique Desbiens de Jonquière (Jeannot Bouchard) allaient être présentes avec leurs intendants.36

On trouve un article de fond sur Ruth Juneau, duchesse d’Arvida dans le Lingot, le journal de l’Alcan. On dit d’elle qu’elle a 18 ans et qu’elle est hôtesse chez une coiffeuse d’Arvida. Elle prend quelques semaines de vacances de son emploi pour se consacrer à ses tâches de duchesse. Elle aime le patin, la natation, la musique sud-américaine, la samba, le mambo, mais elle a en horreur le rock.37

«Mlle Juneau sait bien que pendant les prochaines semaines il lui faudra dépenser beaucoup d’énergie. Elle y est préparée, elle est jeune, débordante de santé; les sorties fréquentes occasionnées pour la vente des billets et les figurations ne l’effraient pas.»37

Un autre portrait est fait de Violette Bourget, duchesse de Kénogami. Sportive enthousiaste, elle fait du ski, du badminton, joue aux quilles, au ballon-panier, fait de la natation et du tennis. Elle est même vice-présidente de l’équipe féminine de ballon-panier de Kénogami. On dit qu’elle travaille dans un bureau sans plus de détails et la tenue d’une maison n’a aucun secret pour elle.38

Les duchesses faisaient la vente de billets de tirage pour une voiture de marque Pontiac. Monique Desbiens, duchesse de Jonquière (dit aussi de Bourgogne) devint la première reine du Carnaval de JAK dans un couronnement «faste et solennel».39 40

En 1962, la représentante pour Arvida est choisie le premier samedi du début du Carnaval. Dans cette ville, quatre candidates tentent de devenir duchesses du carnaval JAK: Lily Martin (Ste-Thérèse), Lisette Fortin (Saint-Jacques), Georgette Gagnon (Saint-Philippe) et Francine Delongchamp (St-Mathias). Francine Delongchamp devint la représentante pour cette ville. Jonquière choisira ses deux duchesses le dimanche. Aucune mention pour Kénogami. À Kénogami et Jonquière, on demande aux candidates d’avoir terminé leur 10e année et de ne pas être étudiante.

Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 février 1962, page 8
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 février 1962, page 842

Les 4 duchesses du Carnaval Saguenay inc. sont Diane Tremblay (Kénogami), Huguette Canuel (Jonquière), Thérèse Perron (Jonquière) et Francine Delongchamp (Arvida). Le couronnement eut lieu lors d’une soirée au Collège Classique de Jonquière et c’est Francine Delongchamp qui devint reine.

Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1962, page 1
Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1962, page 143

En 1963, la duchesse de Jonquière est Michèle Bouchard. Son intendant est Gabriel Gagné. Elle est puéricultrice (une infirmière spécialisée en soins des enfants) à l’hôpital de Jonquière. Elle aime les quilles, le cha-cha-cha, la lecture, la couture. Elle est présentée par la ligue de ballon-balai.

La duchesse de Kénogami est Pauline Bilodeau, une enseignante d’anglais. Elle aime le ski, l’espagnol et elle s’intéresse au folklore. Son intendant est Marcel Gagnon. Elle est présentée par le Carrefour des Jeunes.

Nous savons que Luana Michel est élue reine du Carnaval 44. Elle est couronnée par la reine de l’année précédente, Francine 1er ainsi que le Bonhomme Carnaval pendant une des pires tempêtes de l’hiver. Malgré tout, la soirée est agréable avec des artistes invités et un orchestre. Luana Michel est secrétaire à la compagnie Price Brothers et est présenté par les corps des majorettes Loyales et par le conseil 2756 des Chevaliers de Colomb de Jonquière.

Le Lingot, un journal du Saguenay, 28 février 1963, page 10
Le Lingot, un journal du Saguenay, 28 février 1963, page 1045

En 1964, on voit tout d’un coup le changement de nomenclature pour le Carnaval Kiwanis-Saguenay. Les duchesses seraient désormais des châtelaines et elles se battent pour le titre de Fée des glaces.

Le Carnaval d’Arvida alors très distinct a quatre duchesses: Marthe Perron, Rita Antonio, Jocelyne Langevin et Liliane Chiasson.

Du côté de Jonquière, on a trois candidates et Kénogami une seule. Il s’agit de Nicole Dupété, Marthe Lavoie, Huguette Tremblay de Jonquière et Yvy Tremaine de Kénogami 46. On voit le couronnement de Marthe, première châtelaine de Jonquière en la Fée des glaces. C’est la dernière fois que j’ai pu trouver des informations sur une cour royale dans un carnaval de ces trois villes.

Le palais et les monuments de glace

En 1960, les quartiers généraux du Bonhomme sont établis dans un palais de glace érigé entre les villes de Jonquière et de Kénogami à l’angle des rues Sainte-Famille et Saint-Paul. On évite aussi la population à construire des monuments de glace dans le but de créer une atmosphère spéciale pour la durée du Carnaval. Des prix seront remis dans deux catégories: les résidences et les institutions religieuses (ce qui comprend les écoles). Même chose en 1962 où on tient un concours de monuments de neige. On offre deux prix de 25 $ par secteur. Pour la catégorie des institutions religieuses, le prix est un trophée appelé Monument de glace qui restera en possession de l’école pendant un an. Il est offert par Roland Hébert. On parle aussi d’un palais de glace en 1963 qui fut inauguré en présence des personnalités des trois villes et d’une foule d’intéressés. Il y a eu un concours des plus beaux monuments de glace, mais sans description des prix. 49

Conclusion

Le Carnaval JAK annoncé en grande pompe en 1960 semble avoir été créé avec de grandes ambitions, mais a rapidement perdu du momentum après seulement 4 ans d’existence. L’idée de fusionner trois secteurs était bonne, mais après seulement deux ans, la réalité géographique du secteur Arvida qui est plus éloigné des deux autres à l’époque les a rattrapés. De même, ce secteur avait déjà une bonne structure de ses activités de loisirs qui étaient très fréquentées.

En tant que personne venant de Kénogami, je trouve dommage que les célébrations plus locales aient été délaissées au profit du Carnaval souvenir de Chicoutimi. L’image que je me faisais de ce Carnaval plus jeune était qu’il était réservé aux adultes. Il manquait du ludique et de l’absurde qui rendent les Carnavals et les faux bonhommes si attirants pour les enfants. De même, la ville de Chicoutimi est quand même éloignée du secteur Jonquière et outre y aller pour une activité, il est difficile d’imaginer que ce sont réellement les personnes résidant en dehors de Chicoutimi qui étaient participants. Bien qu’un Carnaval peut être un moteur de tourisme (le cas de Québec est évident), mon avis est que les Carnavals qui perdurent encore de nos jours sont ceux qui misent sur une programmation accessible et variée qui incite les résidents de cette même ville ou ce même village à y aller plusieurs fois.

J’ai aimé pouvoir revisiter ces lieux dans ces fêtes et occasions joviales et ça m’a permis de voir ma ville natale d’une autre façon. Ces carnavals se tenaient dans des rues que j’ai habitées, aux endroits où j’ai joué avec mes amies, le palais de glace était construit là où j’attendais l’autobus scolaire à l’adolescence, les soirées étaient dans des salles où j’ai moi-même été à des soirées dansantes. Et pourtant avant cette recherche, je l’ignorais tout simplement.

C’est aussi pourquoi je tiens ce site web. Pour mettre notre «petite» histoire en mots, pour la diffuser, pour nous permettre d’être fiers de ces événements. Pour ne pas juste me contenter de mettre des photos de ces mascottes absurdes pour en rire sans y mettre le contexte, sans dresser un portrait plus complet de ces carnavals. Pour valoriser les souvenirs de toutes et tous et la mémoire de ceux qui ont créé ces occasions, ces traditions. Et ce, malgré le caractère grotesque, loufoque et léger des faux bonhommes. Parce qu’aimer et connaître, ça amène aussi des fois à porter un regard plus «critique» ou moqueur sur le phénomène. Rire de notre Faux Bonhomme, c’est aussi l’apprécier.

  1. Atlas électronique du Saguenay-Lac-Saint-Jean et recensement Canada ↩

  2. Martin Dion. Évolution des frontières municipales au Saguenay, UQAC, 2004 ↩

  3. Le Progrès du Saguenay, 2 mars 1927, page 7 ↩

  4. Le Progrès du Saguenay, 11 février 1929, page 8 ↩

  5. Le Progrès du Saguenay, 26 janvier 1933, page 4 ↩ ↩2

  6. Le Progrès du Saguenay, 8 février 1934, page 4 ↩

  7. La ville de Jonquière est nommée en l’honneur du marquis Taffabel de la Jonquière, gouverneur général de la Nouvelle-France de 1749 à 1752. Source: L’encyclopédie canadienne ↩

  8. Le Progrès du Saguenay, 22 février 1954, page 7 ↩ ↩2

  9. Le centre est fermé depuis plusieurs années en attente de travaux de plus de cinq millions pour le remettre en état. ↩

  10. Le Progrès du Saguenay, 26 février 1942, page 4 ↩

  11. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1952, page 15 ↩ ↩2

  12. La Presse, 23 novembre 1960, pages 20-21 ↩

  13. La Presse, 28 décembre 1960, page 27-28 ↩ ↩2 ↩3

  14. La Presse, 28 décembre 1960, page 28 ↩

  15. La Presse, 13 janvier 1961, page 25 ↩

  16. La Presse, 19 janvier 1961, page 22 ↩

  17. La Presse, 3 février 1961, page 26 ↩

  18. Le Progrès du Saguenay, 14 février 1961, page 8 ↩

  19. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er février 1962, page 8 ↩

  20. Le Lingot un journal du Saguenay, 1 février 1962, page 23 ↩

  21. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 février 1963, page 1 ↩

  22. Le Lingot, un journal du Saguenay, 6 février 1964, page 30 ↩

  23. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 janvier 1964, page 4 ↩

  24. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1 février 1965, page 2 ↩

  25. Progrès-dimanche, 4 février 1968, page 18 ↩

  26. Le Quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 25 janvier 1974, page 3 ↩

  27. Le Quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 20 janvier 1975, page 2 ↩

  28. La Presse, 16 janvier 1961, Édition provinciale, page 32 ↩

  29. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1962, page 2 ↩ ↩2

  30. Le Progrès du Saguenay, 1er mars 1962, page 9 ↩

  31. Le Progrès du Saguenay, 22 février 1962, page 2 ↩

  32. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1963, page 30 ↩

  33. Le Quotidien, 29 février 1988, page 12 ↩

  34. Médias sociaux du Carnaval de Jonquière-Nord ↩

  35. Le Progrès du Saguenay, 15 février 1962, page 2 ↩

  36. Le Lingot, un journal du Saguenay, 7 décembre 1960, page 8 ↩

  37. Le Lingot, un journal du Saguenay, 15 décembre 1960, page 8 ↩ ↩2 ↩3

  38. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er janvier 1961, page 8 ↩ ↩2

  39. La Presse, 13 février 1961, page 28 ↩

  40. La Presse, 6 février 1961, page 26 ↩

  41. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er février 1961, page 17 ↩

  42. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er février 1962, page 8 ↩

  43. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er mars 1962, page 1 ↩

  44. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er décembre 1963, page 8 ↩

  45. Le Lingot, un journal du Saguenay, 28 février 1963, page 10 ↩

  46. Le Lingot, un journal du Saguenay, 9 janvier 1964, page 14 ↩

  47. Le Lingot, un journal du Saguenay jeudi 6 février 1964, page 1 ↩

  48. Le Lingot, un journal du Saguenay, 16 janvier 1964, page 12 ↩

  49. La Presse, 13 janvier 1961, page 24 ↩

  50. Groupe Facebook Kénogami, ma ville. Date inconnue ↩ ↩2 ↩3

  51. Le Progrès du Saguenay, 18 janvier 1962, page 14 ↩

  52. La Presse, 16 janvier 1961, Édition provinciale, page 32 ↩

  53. Le Lingot, un journal du Saguenay, 1er février 1961, page 17 ↩

  54. Le Progrès du Saguenay, 18 janvier 1962, page 14 ↩

  55. La Presse, 6 février 1961, page 24 ↩


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